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🕊️ Première discipline du Yoga
La non violence est la première des disciplines dans le Yoga. Elle conditionne le premier membre de l’aṣṭāṅga-yoga. Nous pensons tous ne pas être violent trop souvent sur une base quotidienne. Lorsqu’on y regarde de plus près, ce n’est pas tout à fait cas.
Mettons de côté, au départ, toutes les violences que vous faisons et sur lesquelles nous avons peu de prise, c’est-à-dire toutes les violences écologiques. En effet, un des premiers devoirs des familles dans la culture indienne, était de prendre soin du monde dans son ensemble… Les forêts, les animaux sauvages, la nature était sacrée et chacun pouvait y voir des signes qui les guidaient, par ailleurs. Aujourd’hui, il y a 96% de la biomasse est composée des humains et des ses animaux d’élevage et domestiques, tandis qu’il reste seulement 4% de biomasse sauvage…
Nous voyons à quel point notre mode de vie porte en lui-même une violence intrinsèque. Mais mettons cela de côté.
🔄 Dans nos réactions du quotidien
Mis à part donc ce mode de vie infernal, nous pensons ne pas être violent. Mais regardons y de plus près. Nous sommes souvent très violents mentalement : une queue de poisson, et hop, une petite insulte! Un collègue de travail qui nous en veut : et hop, on lui souhaite au, mieux, de démissionner !
💔 Contre soi-même
Nous sommes aussi violents, et nous le sous-estimons : envers nous-même ! Comment nous occupons-nous de notre corps, tout d’abord? Que mangeons-nous ? Quelle quantité mangeons-nous ? D’où vient ce que nous mangeons ? Dormons-nous suffisamment ? Faisons-nous suffisamment d’exercices ? Travaillons-nous trop ? Qui peut se targuer aujourd’hui d’avoir une vie parfaitement saine ?
Nous sommes aussi très violent envers nous-même. Qui n’a pas souffert du syndrome de l’imposteur ? Nous sentons-nous légitime assez ? Pas suffisamment ? Combien de fois ne râlons-nous pas envers nous-même ? Ne sommes-nous pas trop durs envers nous-même ?
🚪 A côté de sa vie
Nous avons beaucoup de mal à nous respecter. A avoir un ego mesuré, c’est-à-dire, ni trop haut, ni trop bas. Nous donnons-nous l’opportunité de vivre notre vie pleinement ? Ou bien passons-nous à côté de notre vie ? Nous sacrifions-nous pour les autres ? Ou trouvons-nous un équilibre entre nos aspirations et celles les autres ?
La première des violences que vous faisons, à mon avis, c’est celle de ne pas suivre notre dharma, c’est-à-dire sa mission de vie comme on pourrait le simplifier. C’est répondre à nos aspirations profondes. Ce qui nous permet de réellement nous sentir en harmonie avec nous-même. Nous avons tous une aspiration. La première violence est de ne pas répondre à notre aspiration profonde, souvent, d’ailleurs, pour faire plaisir à notre famille, ou par peur ou besoin de sécurité. C’est une déconnexion.
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Se couper de son ressenti
C’est bien de cela dont il est question dans la violence. Quand je suis violent, j’évite de regarder ce que je ressens. J’évite de sentir. De me remettre en question. J’évite de grandir. Et, je me crée un mauvais karma. Quelqu’un ne sera pas content. Je crée de mauvaises conséquences. Et surtout, je me sens mal. Patañjali explique que lorsqu’on est violent sans se remettre en question, on devient infiniment bête, et les conséquences interminables.
Cette déconnexion nous empêche de pratiquer.
C’est pourquoi, lorsque nous pratiquons, nous devons mettre un effort dans la pratique, mais sans se faire violence. S’il est bon de se lever tôt pour pratiquer, il n’est pas bon de s’épuiser dans des journées interminables. S’il est bon de progresser dans les postures, il n’est pas bon de dépasser nos limites et de nous pousser dans nos retranchements.
🧘♀️ Pratiquer le Yoga : se relier avec soi-même
La pratique, est en fait, une manière de pouvoir nous relier avec nous-même différemment ! C’est une manière pour nous d’apprendre le respect envers nous-même. D’ailleurs, toutes les autres attitudes demandées par Patañjali, ne sont réellement applicables que lorsque nous arrivons à nous les appliquer à nous-même. C’est un champ de découvertes. Faire "sa pratique", c’est quelque chose qui prend du temps. Il faut plusieurs mois pour rentrer dedans.
Nous comprenons maintenant pourquoi il est tellement difficile d’être pleinement non violent. Cela demande une redéfinition pleine et entière de notre manière d’être au monde. Notre rapport à notre corps, à nos émotions, à notre travail, aux autres, à la société, à la Nature, au monde.
C’est exactement ce que nous enseigne l’aṣṭāṅga-yoga, une redéfinition complète de qui notre relation à tous ces éléments.
⚖️ Le piège du paradoxe
Et je souhaite vous dire un dernier élément par rapport à tout cela. Il y a un paradoxe qui est caché ici. Le simple fait de vouloir être non violent tout d’un coup, d’une manière drastique peut être une violence en soi... Je recommanderais plutôt de le devenir petit à petit, prise de conscience par prise de conscience, comme une volonté de vouloir s’améliorer petit à petit. Les petits ruisseaux font les grandes rivières. Le "tout d’un coup" est difficile à tenir, surtout pour le système humain qui aime se rebeller…
Je vous souhaite une bonne quête dans votre rechercher de non violence !
Namaste!
Philip RIGO